Rien pour arrêter l'hémorragie

Pertes d'emplois

Rien pour arrêter l’hémorragie

Rien pour arrêter l’hémorragie
PAR : GILLES FISETTE

SHERBROOKE – L’annonce de la fermeture de l’usine de Solectron, l’ex-C-MAC, à Sherbrooke, est venue rappeler que la saignée dans les emplois manufacturiers tant sherbrookois qu’estrien n’est pas colmatée.

« C’est énervant! », lance le permanent de la FTQ en Estrie, Marc Bellemare.

« Ça vient se rajouter aux 2800 emplois manufacturiers perdus en Estrie en 2006. Et, à ce jour, en 2007, on ne doit pas être loin des 800 alors qu’on prévoyait des pertes de 1700 emplois au cours de l’année. Il est temps qu’on fasse quelque choses », a-t-il déclaré.

Déclin constant
Solectron est la compagnie américaine qui a racheté les usines de la compagnie C-MAC.

À l’époque, il y avait plus de mille travailleurs et ceux de l’une des trois usines étaient syndiqués auprès des Métallos. Cette usine a été rapidement fermée. Aujourd’hui, Solectron possède une usine d’assemblage, à Sherbrooke, ainsi que deux entrepôts. Ses employés ne sont pas syndiqués.

Mercredi après-midi, la compagnie a réuni ses 260 employés pour leur apprendre la fin de leur emploi d’ici le mois d’août.

Hier, elle a préparé un communiqué pour les médias dans lequel elle précise qu’il s’agit de 240 emplois à temps plein et de vingt emplois temporaires.

« Nous espérons rendre les opérations canadiennes plus concurrentielles dans l’avenir », dit la compagnie qui embauche environ un millier de personnes dans ses autres installations ailleurs au Canada.

Fermeture prévisible
Économiste au bureau régional d’Emploi-Québec, Gilles Lecours explique que la fermeture de Solectron est certes dramatique. Toutefois, elle était prévisible.

« Solectron a approuvé beaucoup de difficultés à la suite de l’explosion de la bulle technologique. Par ailleurs, la compagnie n’a pas poursuivi la recherche dans le type de produit fabriqué à Sherbrooke. Il n’a pas donc beaucoup évolué au cours des dernières années. Aussi, la compagnie était en retard sur la concurrence », rapporte-t-il.

Ce secteur d’activité des produits finis en électroniques a considérablement maigri en Estrie.
Aujourd’hui, il procure de l’emploi à environ 775 personnes.

Année mal partie
L’année 2007 est effectivement mal partie. Si on compare le premier trimestre de 2007 avec la même période de 2006, on constate que la région offre 1700 emplois manufacturiers de moins, soit une baisse de 5,4 pour cent.
On comptait 31 500 emplois en premier trimestre de 2006; il en reste 29 800 au premier trimestre de 2007.

Bien sûr, signale M. Lecours, il faudra attendre le reste de l’année pour avoir un meilleur portrait de la situation puisque l’emploi varie considérablement d’un mois à l’autre.

Pour Marc Bellemare, il est urgent d’agir.

Il ajoute que les employeurs devraient se soucier de la qualification de leurs employés et non pas seulement de leur formation.

« C’est pendant qu’ils sont au travail qu’on doit qualifier les employés afin qu’ils puissent occuper les emplois qui seront disponibles selon l’évolution du marché du travail et non pas attendre qu’ils aient perdu leur emploi. Mais, c’est sûr, les employeurs se méfient des employés qualifiés, ce sont des gens qui sont plus exigeants et… plus mobiles. Mais, il faut en venir là ».

Source : La Tribune, vendredi 20 avril 2007, page 7