Les cols bleus de la Ville de Sherbrooke se questionnent.

Pourquoi Jean Perrault vend-il nos services publics?

C’est une véritable frénésie qui s’est emparée de notre administration municipale. Nos dirigeants municipaux sont pris de la fièvre du privé, une maladie politique conservatrice qui consiste à vouloir tout confier le plus vite possible au secteur privé, peu importe le coût pour les contribuables. Du centre sportif au béton lézardé coûtant 3 fois son prix à la cueillette et au transport du compost pour une facture deux fois plus élevée, les exemples de privatisation coûteuse et irrationnelle se multiplient chez nous, avec des conséquences financières et pratiques qui atteindront très bientôt le portefeuille des citoyens de Sherbrooke.

Nos concitoyens savent-ils seulement qu’avant l’administration de la ville de Sherbrooke avait la sagesse de permettre aux dirigeants de ses services publics de présenter leurs propres soumissions contre celles du secteur privé, chaque fois qu’un appel d’offres était lancé? Sans doute non. La population ne sait sans doute pas non plus que dans tous les cas, le service public l’emportait, parce que ses coûts étaient nettement inférieurs à ceux du secteur privé. L’exemple de la cueillette du compost est éloquent : le projet-pilote réalisé dans le quartier Montcalm a été confié aux employés municipaux parce que même en temps supplémentaire, leurs services coûtaient 50 dollars la tonne, contre 75 dollars pour le secteur privé. Maintenant étendue à toute la ville, la cueillette réalisée par le secteur privé coûte 140 dollars la tonne, contre 70 dollars par des employés municipaux, même lorsqu’ils sont payés en temps supplémentaire! Ce sont vos taxes qui paient pour ces choix idéologiques.

La cueillette des ordures ménagères est un autre exemple du gaspillage politique de notre administration : le service public aurait aisément pu assumer la cueillette dans l’ensemble des arrondissements de la nouvelle ville avec un camion supplémentaire. L’administration Perrault a plutôt choisi de maintenir les coûteux contrats qui avaient été signés par les anciennes municipalités.

La gestion de l’eau relève aussi de ce même penchant idéologique. Des villes comme Victoriaville, Varennes, Magog, Repentigny, Westmount ou Drummondville ont repris en régie la gestion et l’exploitation de leurs infrastructures parce que le privé coûtait trop cher et avait la fâcheuse tendance à « couper les coins ronds », pour faire des économies. Hamilton, en Ontario et de grandes villes américaines comme San Juan à Porto Rico ou Atlanta ont fait de même. Sherbrooke persiste. L’eau n’est pourtant pas un service qui peut faire l’objet de compromis ou de demi-mesures visant à maximiser les profits. Walkerton l’a démontré d’une façon tristement éloquente. L’exploitation de ce service par des employés municipaux coûte moins cher et protège les citoyens contre des décisions qui visent d’abord à réaliser des bénéfices plutôt qu’à fournir un service public.

Le nouveau centre multisports construit par le groupe Axor ouvre pour sa part ses portes sur une note inquiétante. Le directeur général du centre, Benoît Fontaine, admettait ces derniers jours dans la Tribune que le taux de location des installations ne satisfait pas du tout le groupe. Vivrons-nous ce qu’ont vécu Ottawa et deux municipalités de l’Ontario et de la Colombie-britannique : des centres sportifs boudés par les citoyens en raison d’une tarification trop élevée et des faillites retentissantes qui obligent les villes à assumer la facture? Et puis, à la lumière d’un article publié récemment par le quotidien The Gazette, ne sommes-nous pas en droit de nous interroger sur les propensions d’Axor à couper elle aussi « les coins ronds ». Le journal y révèle que le centre multisports de Pierrefonds, propriété d’Axor, est, de tous les centres sportifs de Montréal, celui où l’air est le plus souvent toxique, en raison d’une aération déficiente. Signalons d’autre part que plusieurs citoyens de Sherbrooke ont constaté la présence de nombreuses fissures dans le béton des nouveaux gradins du centre. Axor pourrait-elle fournir des explications satisfaisantes pour la présence de ces nombreuses lézardes sur des dalles de béton neuf?

Depuis quelques mois, l’administration municipale de Sherbrooke a accéléré le processus de privatisation de ses services. Une firme de sécurité ici pour s’occuper des jeunes en arénas lors de patins libres ou lors d’une partie de hockey faire la surveillance dans le centre sportif, ou rédiger des avis de contravention dans les stationnements supervisés anciennement par des employés cols bleus de la Ville de Sherbrooke, d’autres agents privés pour répondre aux alarmes, un sous-traitant pour entretenir le Centre Jean-Besré. Toutes ces décisions, souvent prises au détriment de l’intérêt des contribuables, sont entérinées sans débat public, derrière des portes closes, au terme d’appels d’offres qui excluent systématiquement les services publics existants. Et comme l’a démontré le rapport du vérificateur de la ville de Sherbrooke au sujet de l’appel d’offres pour les bacs roulants, certaines entreprises semblent particulièrement favorisées par nos édiles…

Dans son étude sur les partenariats public-privé, réalisée pour le compte de la Fédération canadienne des municipalités, dont Jean Perrault est vice-président, le professeur Pierre J. Hamel, de l’institut de la Recherche scientifique du Québec, souligne les grands risques que comportent certaines impartitions au niveau municipal. Corruption, favoritisme, contournement des règles pour gonfler des factures : voilà des dangers qu’une municipalité évite lorsqu’elle confie son travail à ses propres employés. Et lorsqu’elle fait ce choix, c’est toujours à meilleur coût, comme l’ont démontré les appels d’offres que nous avons remportées au cours des dernières années.

Les citoyens de Sherbrooke seraient bien avisés de prendre les choses en main et de poser des questions à nos dirigeants avant que leur compte de taxe ne se ressente des décisions de leur conseil municipal. Ils devraient aussi s’interroger sur leur patrimoine. En confiant de plus en plus de projets à l’entreprise privée, l’administration Perrault privera la population d’actifs dont elle est actuellement propriétaire…

Rénald Dubé, président SCFP 2729, affiliés FTQ
Syndicat des cols bleus de Sherbrooke (qui sont aussi des contribuables de la ville!)
Lizette Dubé, conseillère syndicale
SCFP-Estrie